Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution

P-L. Moudenc

Rivarol (N°2877 24/10/08)

Les familiers de la presse non-conformiste connaissent sans doute Rodolphe Badinand. Il a collaboré, depuis les années 70, à de nombreux périodiques (dont Rivarol, en 1978) et se situe dans une mouvance européenne particulière dont il s'efforce de définir les contours par comparaison avec des mouvements plus ou moins proches de ses conceptions .

Entre traditionalisme, celui qui se réclame de René Guénon et de Julius Evola, et adhésion à une modernité déliquescente et mortifère, il trace des voies alternatives destinées à mobiliser les peuples européens. Politiquement proche, comme l'on voit, de la Nouvelle Droite - ou d'une branche de celle-ci. À l'heure actuelle, il participe au site européaniste            < www.europemaxima.com>.

Son Requiem pour la Contre-Révolution écrit au milieu des années 199O était à l'origine destiné aux membres du G.R.E.C.E. Aux errements de la Contre-Révolution dont il reconnaît quelques mérites mais à laquelle il reproche plusieurs ambiguïtés, comme de s'être, exclusivement rivée à un passé figé, fourvoyée dans la politique au pire sens du terme, il oppose la Révolution conservatrice européenne porteuse de valeurs d'avenir. Contre toutes les pollutions intellectuelles issues des siècles passés et qui ont engendré la modernité - idéologie des droits de l'homme, nationalisme, libéralisme, totalitarisme, multiculturalisme - il prône, non sans une vigueur roborative, la volonté et le combat.

Les autres essais qui constituent ce recueil abordent, sous d'autres angles, les mêmes thèmes. Il s'agit, au nom d'un futur qui ferait table rase des vieilles idoles et d'une société devenue putride, de mobiliser les énergies autour de valeurs communes. Elles prennent racine dans la tradition sans pour autant en être prisonnières. « Notre résistance, écrit-il dans " En guerre !", se veut intégrale, elle touche tous les domaines de la vie que la Modernité a contaminés. […] Pour le système et ses sbires, nous incarnons le plus grand des périls parce que nous croyons en nos rêves. »

 

Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution

Daniel Cologne

Le Coin Littéraire (novembre 2008)

Ainsi s’achève Requiem pour la Contre-Révolution, dont l’auteur Rodolphe Badinand me fait l’honneur d’être le co-dédicataire. Il ne m’en voudra donc pas si j’inverse l’adjectif indéfini et l’adjectif démonstratif. L’appel clôturant ce remarquable recueil d’ ‘’essais impérieux’’ est en réalité rédigé comme suit :

‘’Pour le Système et ses sbires, nous incarnons le plus grand des périls parce que nous croyons en nos rêves’’. Rodolphe Badinand cite alors Thomas Edgar Lawrence : ‘’Les rêveurs de jour sont des hommes dangereux, car ils peuvent jouer leur rêve les yeux ouverts et le rendre possible’’. L’auteur conclut : ‘’Soyons ces rêveurs éveillés…’’ (p.163).

Qui sommes nous donc et quel est ce ‘’Système’’ que Rodolphe Badinand nous invite à faire trembler ? Disons d’abord ce que nous ne sommes pas. Nous ne sommes pas des ‘’anti-Lumières’’, comme nous désignent nos ennemis. Nous ne sommes pas les nostalgiques d’un temps révolu, les passéistes assoupis dans la langueur des regrets éternels. Nous coupons le cordon ombilical avec la Contre-Révolution, dont nous saluons néanmoins le double mérite : son courage d’être entré en résistance contre des ‘’valeurs mortifères’’, et notamment les ‘’idéologies égalitaires’’, mais aussi la ‘’valeur didactique’’ de ‘’son échec’’ (p.42).

Nous sommes les partisans d’une recomposition du monde fondée, non sur l’abstraction droit-de-l’hommiste, mais sur le socle concret du ‘’droit des hommes (c’est moi qui souligne) à s’enraciner dans leur terroir et leurs communautés d’appartenance multiples et variées’’ (p.163).

Cette refondation planétaire postule une reconstruction de l’Europe selon un ‘’principe fédérateur d’essence supérieure’’ (p.162), dont l’absence pertinemment épinglée par un monarque polynésien fut le cause de la Première Guerre Mondiale. En citant Tupon IV, roi des Tonga, Rodolphe Badinand témoigne de ce qu’est la véritable ouverture à l’Autre, la capacité d’être authentiquement à l’écoute de la sagesse, d’où qu’elle vienne : tout le contraire de la mensongère ‘’tolérance’’ du Système, où l’égalitarisme de façade masque l’impitoyable volonté d’épuiser les hommes et les peuples dans une course infernale le long de ‘’la ligne droite individu-Etat jacobin-Etat mondial-humanité’’ (p.163).

Un exemple de ‘’principe fédérateur’’ est l’idée impériale telle que la concrétise l’institution pluriséculaire du Saint Empire romain germanique. ‘’Au Moyen Age, l’empire sacré et sanctifié ne pouvait que promouvoir l’idéal chrétien. Il aurait été inconcevable qu’il s’édifiât contre la majorité religieuse du moment’’ (p.119). A notre époque de déchristianisation, il ne faut évidemment pas aspirer à reproduire la structure médiévale, mais il convient de lui substituer un symbolisme cosmique où l’Empire serait une image du Soleil central autour duquel tourneraient, à des vitesses différentes, comme les planètes du système solaire astronomique, les nations (patries historiques) et les régions (patries charnelles). Ainsi l’Europe pourrait-elle revendiquer le titre de ‘’patrie idéale’’, répondre à l’exigence d’universalité inscrite au cœur de toute pensée métapolitique.

Rodolphe Badinand distingue judicieusement l’impérialité et les impérialismes. ‘’Contrairement au Saint Empire, les Premier et Second Empires français n’ont reposé que sur les épaules d’une personnalité charismatique’’ (p.116). Son procès des bonapartistes n’a d’égal que son rejet de l’hitlérisme, ‘’version teutonne du jacobinisme français’’ (p.121).

Dans la ligne d’Alain de Benoist, Rodophe Badinand considère aussi comme de ‘’faux empires’’ les empires coloniaux anglais, français, hollandais, portugais ou espagnol. Il tient ‘’le mal colonial’’ (p.127) pour une des étapes importantes de la ‘’décomposition de la France’’ (p.125).

Erudit français, Rodophe Badinand consacre tout naturellement de nombreuses pages à l’histoire de son pays. Recensant l’ouvrage d’un historien de l’Université de Jérusalem, il rappelle ‘’les prétentions capétiennes à la Couronne du Saint Empire romain germanique’’ (p.95), qui aurait pu devenir, entre les règnes de François Ier et Louis XIV, un ‘’Saint Empire romain de la Nation Française’’ (p.96). C’est l’un des textes courts du recueil, qui alternent avec des essais plus longs, de même que se succèdent, dans un ensemble ipso facto de lecture agréable, de brefs comptes-rendus de livres, de vigoureuses interventions conférencières et de profonds essais où la réflexion toujours nuancée se déploie dans un style souvent chatoyant.

La coutume gastronomique encadre le plat de résistance de hors-d’œuvre et de desserts. Ici, l’essai le plus consistant, qui donne d’ailleurs son titre au florilège, est opportunément placé en tête. Une quarantaine de pages d’une rare densité intellectuelle nous convie ainsi à réfléchir sur la Contre-Révolution ‘’impasse intellectuelle majeure’’ (p.13).

L’Eglise catholique fut la première à s’opposer à la révolution de 1789 et elle le fit avec d’autant plus de force qu’un an à peine après la prise de la Bastille, fut votée la Constitution civile du clergé (1790), la ‘’plus grave erreur’’ (p.19) de la révolution suivant l’auteur.

Celui-ci examine, tout au long des deux siècles écoulés, la ‘’lente translation vers la Modernité’’(p.24) qui affecte la catholicisme et dont Jacques Maritain (1882-1973) offre un exemple symbolique.

Le royalisme également a succombé, au fil des décennies, à la contagion de l’esprit moderniste. Ce dernier ‘’contamina les doctrines monarchiques avec la même vigueur qu’il se développait au sein du catholicisme’’ (p.28). Des mouvements royalistes de gauche naquirent ainsi dans toute l’Europe méridionale : le Parti populaire monarchique portugais, le carlisme espagnol qui ‘’se transforma en un mouvement socialiste autogestionnaire’’ (p.30), et en France les ‘’’maurrassiens’’ de la Nouvelle Action Française de Bertrand Renouvin.

‘’Avec ces trois exemples’’, écrit Rodolphe Badinand, ’’nous devons nous interroger si la Contre-Révolution et la Révolution ne seraient pas l’avers et le revers d’une même médaille appelée la Modernité’’ (Ibid).

Avant de revenir sur cette importante citation, où l’on voit émerger sous la plume de l’auteur le questionnement fondamental, épinglons encore cette vision non conformiste des régimes de Salazar, Franco et Pétain, où Rodolphe Badinand voit les germes de l’élan économique-industriel d’après-guerre, via l’arrivée au pouvoir des technocrates. Le phénomène lui semble particulièrement sensible dans la France de Vichy, après ‘’la nomination de l’amiral Darlan à la vice-présidence du Conseil des ministres’’ (p.31).

Y aurait-il eu donc un ‘’apport contre-révolutionnaire au libéralisme’’ (p.32) ? Oui, répond sans hésitation l’auteur qui va jusqu’à établir un parallélisme entre la ’’main invisible’’ du marché et les ’’voies insondables’’ de la Providence. Les fondements chrétiens de la Contre-Révolution sont ici mis en cause et il en découle que la dérive potentielle des contre-révolutionnaires était prévisible dès la fin du XVIIIème siècle.

Rodolphe Badinand rappelle opportunément que ’’les trois futures sommités de la contre-révolution intellectuelle étaient vus par leurs contemporains comme des libéraux : Edmund Burke était un parlementaire whig, défenseur des droits du Parlement anglais et de la Révolution américaine ; Joseph de Maistre était, à la cour de Savoie, jugé comme un franc-maçon francophile et Louis de Bonald fut, en 1789-1790, le maire libéral de Millau’’ (p.41).

Quant à la Révolution conservatrice, que ses adversaires ont baptisée ’’Nouvelle Droite’’, elle intègre certes un héritage contre-révolutionnaire, mais elle se réfère aussi au socialisme proudhonien, aux non-conformistes des années trente si bien étudiés par Pierre Loubet del Bayle, et au situationnisme de Guy Debord dénonçant ’’la société du spectacle’’. Rodophe Badinand conclut son analyse de ce courant par cette hypothèse de recherche que les historiens des idées politiques devraient creuser ; ’’Ce syncrétisme semblerait marquer la fin historique de la Contre-Révolution en tant que mouvement de pensée’’ (p.36).

Rodolphe Badinand s’interroge de manière inattendue : ‘’L’écologie : le dernier surgeon contre-révolutionnaire ?’’ (p.38). L’auteur fait un rapprochement insoupçonné entre, d’une part les écrits d’un Edouard Goldsmith ou d’un Bernard Charbonneau, et d’autre part, le roman balzacien Le Médecin de Campagne, sorte d’Arcadie où «’’chacun mène une existence équilibrée’’ et où ‘’la nature maîtrisée, mais non agressée par le machinisme, donne des fruits à tous les villageois’’ (p.39). Au même titre que la Nouvelle Droite et la Révolution Conservatrice, l’écologie dépasse ‘’les vieux clivages, devenus obsolètes’’ (voir le slogan ‘’Ni Droite ni Gauche’ d’Antoine Waechter) et ne se laisse pas enfermer dans le binôme Révolution - Contre Révolution. Sa vision du monde dynamique rompt avec le passéisme ruraliste exaltant une société champêtre ‘’stable, immuable et édénique’’ (Ibid)

Partageant avec les écologistes certaines légitimes préoccupations environnementales, Rodolphe Badinand avertit : ‘’Si le réchauffement planétaire se poursuit et s’accentue, dans quelques centaines d’années, la banquise aura peut-être disparu, faisant de l’océan polaire un domaine

maritime de première importance’’ (p.123). La maîtrise de l’Arctique s’impose à l’auteur comme une des plus impérieuses nécessités pour le futur Empire européen. Cet enjeu tant stratégique que symbolique est d’autant moins négligeable que les anciennes mythologies indo-européennes, y compris celle de l’Hellade méditerranéenne et celle de l’Inde védique, mentionnent le Septentrion comme l’origine, sinon de l’humanité, du moins d’une de ses plus importants rameaux. L’Europe se devra donc d’être présente sur tout le pourtour de l’Océan Arctique comportant aussi des rivages asiatiques et nord-américains.

‘’Face à la marée montante des peuples du Sud, le regroupement intercontinental des descendants de Boréens ne se justifie que par le désir de survivre au XXIème siècle. Cela mérite au moins un débat que seul l’avenir tranchera’’ (p.73).

Rodolphe Badinand nous convie à effectuer deux démarches simultanées : retrouver le chemin de notre ‘’plus longue mémoire’’ et imaginer notre futur lointain.

‘’Les contre-révolutionnaires souhaitaient conserver intact le passé. Leur démarche les obligea souvent à faire de l’avenir table rase. Entre la négation du passé, propagée par la Modernité, et le refus du futur, pratiqué par la Contre-Révolution, existe une troisième voie : l’archéo-futurisme’’ (p.44). L’auteur se réfère à Guillaume Faye, qui a longtemps partagé avec Alain de Benoist, quoique dans un autre registre, le magistère intellectuel de notre famille de pensée. Né vers 1972, issu de la génération suivante, Rodolphe Badinand peut prétendre à la succession de ces deux maîtres à penser, selon l’expression consacrée et en l’occurrence toute relative si l’on pense à ces figures hors normes que sont René Guénon (1886-1951) et Julius Evola (1898-1974).

A propos de ces deux immenses éveilleurs, il est temps de se demander dans quelle mesure ils ont été piégés par le binôme Révolution-Contre Révolution. C’est à force de critiquer le progressisme moderne rectilinéaire que l’on dérive peu à peu, au départ d’une conception cyclique de l’histoire, vers un décadentisme ‘’traditionnel’’ tout aussi rectilinéaire.

Progressisme et décadentisme apparaissent alors comme les deux faces de la même médaille, de même que s’impose la nécessité, pour la Nouvelle Droite et la Révolution Conservatrice, de faire venir leurs adversaires sur leur terrain (c’est Rodolphe Badinand qui souligne). ‘’Qu’elles cessent donc de débattre des idées adverses pour imposer la discussion sur leurs idées’’ (p.43). Qu’elles arrêtent de disserter sur les inconvénients du progressisme et sur l’absurdité d’un ‘’sens de l’Histoire’’, et qu’elles valorisent les avantages et la solidité de leur conception cyclique du devenir humain, qui est une respiration à plusieurs vitesses, et qui ne peut en aucun cas dégénérer en un décadentisme vertigineux.

Osons nous dresser avec Rodolphe Badinand contre l’exorbitante prétention de la démocratie moderne à être le point oméga de l’aventure humaine. Adoptée le 26 août 1789, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen comporte en son Article XI une restriction à la liberté d’expression que l’auteur reprend in extenso : ‘’sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ‘’ (p.18).Rodolphe Badinand commente : il s’agit d’ ‘’une phrase si vague qu’elle permet toutes les interprétations possibles et justifie toutes les polices de la pensée. Or le totalitarisme commence quand on empêche certaines opinions de s’exprimer sur la place publique…(Ibid.). La Modernité est donc bien la ‘’matrice des totalitarismes » ». Sous le couvert de la démocratie et du ‘’droit-de-l’hommisme’’ sévit un terrorisme intellectuel s’appuyant sur des lois liberticides et rétablissant le délit d’opinion, dont sont passibles tous ceux qui contestent les fondements du Système. Un de ces fondements concerne les origines de l’espèce humaine. C’est la thèse africano-centriste selon laquelle l’Afrique serait l’unique berceau de l’humanité, le seul foyer primordial à partir duquel le primate se serait transformé en homo sapiens.

En optant pour une vision ‘’boréocentrique’’ de l’histoire, Rodolphe Badinand ne craint pas de s’exposer à la vindicte de la ‘’bien-pensance’’ qui pourrait lui faire grief ‘’d’une supercherie scientifique à relent raciste’’ (p.69).

Pourtant, ses ‘’Notes dissidentes sur la nation de tradition Primordiale’’, autre chapitre très fouillé et hyper-documenté, révèle une approche pluraliste du problème. Logique et conséquent, Rodolphe Badinand se refuse à trancher la question de l’antériorité en faveur de l’un ou l’autre ‘’ensemble ethnique’’. ‘’N’y aurait-il pas finalement une succession aléatoire de Traditions primordiales pour chaque entité ethnique matricielle ? Et si c’était le cas, qui bénéficierait de l’antériorité ? On le voit : ce type de questionnement débouche sur une absence de réponse d’ordre humain. Cependant, s’interroger sans cesse est le meilleur moyen de maintenir son esprit libre et éveillé. L’interrogation permanente produit des antidotes aux toxines du conformisme médiatique’’ (p.71).

Nous voici aux antipodes du dogmatisme des traditionalistes qui, même lorsqu’ils se définissent comme ‘’intégraux’’ et se réclament d’Evola ou de Guénon, demeurent fréquemment incapables d’auto-critique, inaptes à soulever eux-mêmes des objections à leur discours, fascinés par ‘’le pessimisme foncier de la doctrine des âges, souvent porteur de désespoir ou d’inaction totale’’ (p.59).

Rodolphe Badinand est un authentique ‘’penseur libre’’ aussi éloigné de la fallacieuse ‘’libre-pensée’’ que de son primaire retournement traditionaliste, aussi étranger à la linéarité évolutive qu’à la descente sans frein de l’âge d’or à l’âge de fer. La ‘’spiritualité primordiale’’ ne serait-elle pas plutôt d’inspiration astrologique, c’est-à-dire fondée sur l’alternance de courbes ascendantes et descendantes, tributaires des angles tantôt harmonieux tantôt dissonants formés entre eux par les astres ?

Diverses formes d’astrologie caractérisent en tout cas les aires culturelles où Rodolphe Badinand discerne, en s’appuyant sur de récentes recherches anthropologiques, paléontologiques et archéologiques, l’empreinte des Boréens, ancêtres des Indo-Européens, grand peuple migrateur de la plus haute préhistoire ‘’ne rechignant jamais les rencontres avec les tribus indigènes’’ (p.68).

Celles-ci possèdent peut-être leur propre foyer d’irradiation culturelle, leur ‘’tradition primordiale’’ indissociable de leur ‘’’spécificités ethno-spirituelles » » (p.71). Dans la Grèce antique, parallèlement à l’exaltation mythologique du ‘’séjour des dieux’’ localisé au Nord et gardé à l’Occident par les Hespérides, à l’entrée du fameux jardin aux ‘’pommes d’or’’ que cueillit Héraklès et qui subjuguèrent la farouche Atalante, le scrupuleux Hérodote évoquait la possibilité de l’existence d’Hypernotiens, équivalents de nos Hyperboréens, matrice des peuple du Sud avec lesquelles nous sommes appelés à fonder une ‘’fraternité qualitative’’ (p.60).

En effet, ‘’la tradition risque d’avoir sa signification détournée et de devenir à son corps défendant un auxiliaire du fraternitarisme mondial’’ (c’est Rodolphe Badinand qui souligne) assimilable à ‘’un oecuménisme pervers ‘’ (Ibid). Sous le couvert de celui-ci peut de développer une forme spirituelle d’impérialisme et de domination mondiale à laquelle les Boréens étaient totalement réfractaires lorsqu’ils quittèrent leurs terres arctiques d’origine pour essaimer sur d’autres continents et fonder peut-être les cultures méso-américaines, l’Egypte pharaonique, la Chine du Céleste Empire.

Les historiens de notre famille de pensée saluent en Dominique Venner un guide incontournable dont Rodolphe Badinand se solidarise dans la critique de ‘’la conception guénonienne d’une seule tradition hermétique et universelle, qui serait commune à tous les peuples et à tous les temps, ayant pour origine une révélation provenant d’un ‘’ultramonde’’ non identifié’’ (p.60). A la suite du directeur de la Nouvelle Revue d’Histoire, l’auteur subodore dans le ‘’traditionalisme intégral’’ un ‘’syncrétisme équivoque’’ et une critique de la modernité ne débouchant ‘’que sur un constat d’impuissance’’ (Ibid.), ‘’l’attente millénariste de la catastrophe’’ (p.61).

Par delà les fausses alternatives Tradition-Modernité et Révolution-Contre-Révolution, la brillante anthologie de Rodophe Badinand, compilant des textes écrits ces dix dernières années dans L’Atre, Cartouches, Roquefavour, Eléments et L’Esprit européen, suggère de remonter aux sources vives de cet ‘’esprit européen’’ et de réfléchir à son adaptation au monde de demain et d’après-demain. ‘’Il y a du travail pour cent ans’’, écrivit un jour Robert Steuckers. Rodolphe Badinand est un des pionniers de ce siècle de renouveau de l’intelligence européenne, de cette ère de rayonnement retrouvé et de renaissance métapolitique, de cette nouvelle étape de l’aventure humaine où les Européens et fiers de l’être sauront être à l’écoute des sagesses fleuries sous d’autres latitudes, pour construire enfin une Terre harmonieuse et pacifiée.

 

Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution

André Murcie

Mots Chroniques (N°6 /08/01/09) « Crépuscules européens »

A contre-courant de la vulgate démocratico-libérale, ce Requiem pour la Contre-Révolution et autres essais impérieux a tout pour déplaire au plus grand nombre. Nous ne parlons pas ici du pléthorique troupeau de la bien-pensance mais de ceux qui combattent dans les marges en ordre dispersé, n'y voyant pas souvent plus loin que le bout de leur nez, perdus dans d'épais brouillards idéologiques, dans la totale incapacité de saisir le sens originel et ultime de leur combat. L'instinct de survie et l'urgence de la lutte empêchent par trop souvent de consacrer à la réflexion théorique le temps nécessaire qu'elle exigerait.

Son curriculum litterae parle pour lui. Cartouche, Rivarol, Eléments, L'Esprit Européen, europemaxima.com, l'énumération suffit à dépeindre Rodolphe Badinand pour ce qu'il est, un de ces guerriers européens, toujours aux aguets, des premiers à se porter de taille et d'estoc sur l'aile droite de la brèche. Du genre à ne pas s'asseoir sur son oriflamme. Par ces temps-ci il est tant de gens qui s'avancent masqués, de patenôtres, de bonnes intentions, ou de billets verts, que cela fait plaisir.

Il est sûr que n'importe quel imbécile se chargera de ses ennemis, les esprits plus malins préféreront s'occuper de leurs amis, mais plus rares ceux qui retournent la hache de leur réflexion contre eux-mêmes. Rodolphe Badinand s'il ne fait pas de cadeaux à son entourage, n'est guère plus tendre envers lui-même. Plus qu'une pensée ces onze textes, sont un chemin de pensée. Avec ses retours, ses hésitations, ses piétinements et ses avancées salutaires et fulgurantes. Onze contributions comme autant de carnets de campagne aux quatre coins d'une plus grande Europe étagées sur une quinzaine d'années. Qui dit mieux ?

Requiem pour la Contre-Révolution est plus que corrosif. L'auteur n'épargne pas son camp. Il tire à vue sur tout ce qui bouge et même sur ce qui ne bouge pas. La Contre-Révolution ne date pas d'hier. Elle naquit en ces années troubles qui virent basculer la royauté. Dès les premiers jours elle regroupa, les fidèles, les partisans et les nostalgiques. Le grand ordre royal était tombé. La guerre était perdue mais longtemps l'on crut que ce n'était qu'une bataille mal engagée. L'on essaya d'allumer les contre-feux, à tous les niveaux. C'était une cause perdue.

Le couperet de l'Histoire ne s'est pas abattu sur la contre-révolution aussi vite que le couteau de la guillotine sur la nuque de Louis XVI. Les contre-révolutionnaires n'ont cédé le terrain qu'à contre-coeur. Qu'à contre sacré-coeur serait-on tenté de dire puisque l'autel resta fidèle à la royauté. Mais à la fin du dix-neuvième siècle les carottes étaient cuites à la sauce républicaine.

Changement des mentalités et des comportements. La souris révolutionnaire avait accouché de la montagne d'une nouvelle donne idéologique. Au début du siècle dernier, pour les élites comme pour les masses, le royalisme était devenu une idée dépassée. L'on n'arrête pas un fleuve qui coule selon la pente de ses intérêts financiers. Beaucoup de contre-révolutionnaires se transformèrent en fieffés conservateurs. Les gros bataillons de l'ancienne mouvance favorable aux idées de l'ancien régime formèrent les régiments de ce qu'il faut bien se résoudre à appeler le nouvel ordre bourgeois. Tout était perdu : l'honneur et les privilèges, mais ni la propriété privée, ni le sens de l'argent.

L'Eglise et le Trône ayant failli, leurs défenseurs se regroupèrent dans une ultime citadelle qu'ils édifièrent avec les ruines et les pierres de leurs deux anciennes place-fortes. Au christianisme ils substituèrent l'idée de la Tradition, quant à la personne sacrée du rejeton royal manifestement absent ils la remplacèrent par la fumeuse notion du principe d'Autorité censé contrebalancer le fallacieux concept de majorité démocratique.

L'on peut en rire, mais de batailles de retardement en barouds d'honneur cette droite contre-révolutionnaire, parvint à sauver les meubles et tant bien que mal à traverser les siècles. Fragmentée, divisée en petites chapelles plus ou moins intégristes, discrète mais active, agissant comme une centrale idéologique sur tous les fronts, le National comme celui de la Révolution Nationale, avec les intellectuels de l'Action Française comme avec les ligues francinantes, bref infiltrée dans tous les milieux de cette droite extrême et malgré toute chrétienne, si typiquement française.

Des gens que vous pouvez trouver peu sympathiques mais dont Rodolphe Badinand a du mal à faire son deuil, même s'il leur prépare un enterrement de première classe. Après les avoir assassinés. Car là où d'autres parleraient de fidélité émouvante à un vieil ordre politique surané, Rodolphe Badinand stigmatise les raidissements rétrogrades, les retraits successifs, les compromissions honteuses, les redditions démagogiques, j'en passe des pires et des meilleures. Les Contre-Révolutionnaires n'ont pu échapper à l'air du temps. Derrière les rodomontades publiques il pointe les contradictions cachées et dévoile les acquiescement tacites. Contre la Gueuse certes, mais tout contre la République.

Ce n'est pas un hasard si cette longue fulmination contre la Contre-Révolution se présente comme un écrit de G.R.E.C.E. En fait Rodolphe Badinand reproche aux tenants de la Contre-Révolution, non pas tant leurs erreurs tactiques que leurs analyses à courte-vue. La Modernité n'a pas commencé au matin du 14 juillet 1789. Elle vient de beaucoup plus loin. En grande partie de la méconnaissance de l'Histoire de la plus grande Europe.

Ce n'est pas une stricte question d'étendue géographique. L'Europe possède d'autres limites. Mythiques et historiales. Rodolphe Badinand pose les origines de l'Europe comme celle des peuples boréens. Venus du nord comme leur nom l'indique, porteurs d'une civilisation tripartite qui ensemença les structures mentales et sociétales des peuples autochtones. L'auteur n'élude pas les concomitances avec la théorie des Aryens venus de l'Est.

Par contre aucune allusion aux hyperboréens de la mythologie grecque ! Pas si difficile à comprendre que cela lorsque l'on pénètre plus avant dans le livre. Car les essais impérieux qui suivent, s'ils font bien appel en quelques rapides lignes à l'unification de l'Europe sous les instances de l'Imperium Romanum, font un véritable saut historique des plus troublants. Des peuplades Boréennes l'on saute à pieds joints par-dessus plus de quinze siècles pour une rapide évocation de l'Empire Carolingien, important, non par ce qu'il fut lui-même, mais en tant que préfiguration du Saint Empire Romain Germanique.

Plus près de toi Seigneur, chantèrent les passagers du Titanic avant de couler. L'Europe Boréenne de Rodolphe Badinand court d'après nous les mêmes dangers. L'idée de l'Empire qu'il défend est des plus abstraites. Son Requiem pour la Contre-Révolution n'est qu'une messe de plus pour la regroupement des anciens Royaume chrétiens de l'Europe autour de son pôle nordiste. Son Empire n'est qu'une fédération d'états infra-chrétiens plus ou moins indépendants qui s'enfermeraient dans une ligne de rupture et de défense tous azimuts. Nord contre Sud. Très symboliquement, l'Empire de Napoléon, et la campagne d'Egypte, si méditerranéenne, sont jetés en un tour de main dans les poubelles de l'Histoire Métapolitique.

Le lecteur l'aura compris. Nous ne partageons pas les mêmes visions européennes que Rodolphe Badinand. Mais cela ne saurait en rien entacher l'intérêt que nous portons à ce livre. Outre le fait anecdotique que nous ne provenons pas de la même tradition, Rodolphe Badinand se montre le partisan d'une Europe que nous surnommons de la dernière heure. Tout l'héritage antique est gommé au profit d'un christianisme peut-être laïcisé mais dont il oublie - ce n'est décidément pas l'oubli de l'être mais l'oubli de l'Imperium originel — l'ardente nocivité

La nouvelle Europe dont rêve Rodolphe Badinand est entée sur l'histoiricité d'une certaine idée de la reconstitution de l'antique Imperium Romanum telle qu'elle fut prise en compte par ce que l'on pourrait appeler, afin de forger un mythogramme symbolique, les Royaumes du Nord. Europe tour à tour germanique, austro-hongroise et allemande, en quelque sorte sur-danubienne et non méditerranéenne, orientée sur son aire de dégagement vers le continent eurasiatique.

La France n'est alors entrevue qu'en tant que débordement de zone franche occidentale. Les émigrés qui pressentirent le phénomène bien plus finement qu'ils n'auraient jamais pu le théoriser consciemment. A décharge de Rodolphe Badinand nous nous devons de reconnaître que le comportement impéritique des élites françaises, espagnoles, italiennes et poussons jusqu'à la Grèce, ne laisse augurer en aucune manière l'espoir d'un proximal ressaisissement impérieux.

Le malheur réside en ce que de notre part la mentalité libérale pro-américaine et pro-anglo-saxonne nous semble beaucoup plus ancrée dans la zone nord de l'Europe que dans les anciens espaces occidentaux sud-européens. Avec surtout cet handicap insurmontable chez nos voisins nordistes : un rejet quasi-viscéral des aspects révolutionnaires véhiculés, qu'on le veuille ou non par l'idéologie césarienne de l'antique imperium.

C'est d'ailleurs parce que cette vision révolutionnaire de l'Empire a été occultée que le christianisme a pu se développer et puis être carrément adopté comme religion officielle par les bureaucraties impériales. Née du refus de la révolution, l'idéologie contre-révolutionnaire, de laquelle Rodolphe Badinand se veut l'héritier, s'inscrit dans la suite logique de ses semences originelles.

Requiem pour la Contre-Révolution et autres essais impérieux ne manque pas de cohérence. Le titre a dû claquer en son camp comme un coup de fusil. Rodolphe Badinand y remue un peu fort le cocotier mais l'on ne réveille pas les cadavres, endormis dans le confort petit-bourgeois des appétits primaires satisfaits, avec de l'eau bénite. C'est d'ailleurs pour cela que toute une frange de la gauche réformiste devrait aussi s'atteler à la lecture de cet essai, façon de se déciller les yeux.

Le gros défaut du livre réside en ce qu'il ne traite que le versant théorique de sa thématique. Il est une critique idéelle et hyperstructurelle très bien troussée, mais il se cantonne un peu trop à explorer les moindres recoins idéologiques de sa pensée. Nous attendons un deuxième tome, plus axé sur la praxis politique. Une espèce de Que faire contre-révolutionnaire ?

 

Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution

Résistance (N°52 novembre 2008)

Collaborateur de divers site proches de la Nouvelle droite, Rodolphe Badinand nous propose, chez Alexipharmaque, Requiem pour la Contre-Révolution. Le livre s’inscrit dans une orientation ouvertement traditionnelle radicale et est sans concession pour les pollutions intellectuelles héritées des XVIIIe, XIXe et XXe siècles, ce qui nous donne des textes particulièrement lumineux comme « Défense du Saint Empire » et « Le retour du roi ».

 

Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution

Réfléchir & Agir (N°31 hiver 2009)

Malgré des doctrinaires remarquables, la Contre-révolution constitue une impasse politique totale. En effet, par son anachronisme permanent, sa volonté réactionnaire d'aller combattre l'adversaire sur son propre terrain, elle a entraîné notre mouvance dans tous les échecs et n'a fait finalement que faire perdurer le Système contre lequel elle prétendait lutter et a fini par démobiliser un grand nombre de coeurs vaillants qui ont accepté de renoncer à eux mêmes. Rodolphe Badinand, nourri au lait du GRECE, propose lui, à travers quelques textes très roboratifs, parfois déroutants, une autre grille d'analyse, plus à même de nous redonner le goût du combat, en s'inscrivant dans une orientation traditionnelle, radicale et sans concession pour les pollutions intellectuelles héritées des siècles passés : libéralisme, idéologie des droits de l'Homme, antiracisme... Dans le fatras des essais politiques actuelles, tous aussi prétentieux que soporifiques, ce livre est un véritable bol d'air, une saine incitation à relever la tête pour cheminer à travers les ruines du monde moderne et poser les premières pierres de l'Europe de demain.

 

Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution

A l’écoute des livres

(12/02/ 2009)

Si les éditions Alexipharmaque publient peu d'ouvrages, ceux-ci sont toujours source de réflexion et même de débats denses et riches. REQUIEM POUR LA CONTRE-REVOLUTION et autres essais impérieux ne déroge pas à cette règle. Des idées reçues sont mises à mal sur la conception de contre-révolution. Ainsi, la contre-révolution est-elle forcément de droite ? Non si l'on considère que les opposants à Gorbatchev et sa perestroïka, communistes traditionnalistes, étaient contre-révolutionnaires. La révolution nationale du Maréchal Pétain ne fut pas non plus une contre-révolution.

De nos jours, De Villiers ni Le Pen ne sont, selon l'auteur des contre-révolutionnaires mais des jacobins ou des bonapartistes. Les écologistes seraient-ils les derniers contre-révolutionnaires ?

Les autres essais impérieux constituant ce volume développent des idées que l'on ne peut pas forcément, loin de là, partager mais soulevant des sujets de civilisation essentiels. Parmi les thèmes exposés : le communautarisme, l'idée européeenne ou la francophonie.

La Nouvelle Droite étant au centre de nombre de ces textes, voici une observation personnelle : si Alain de Benoist et ses amis crèèrent la nouvelle droite culturelle, la nouvelle droite politique eut pour initiateur Michel Georges Micberth qui fonda la NDF (Nouvelle Droite Française) en 1973.

 

Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution

Rébellion (n°35 mars/avril 2009)

L'auteur, ancré dans la Tradition, s'inscrit dans une optique de critique sans concessions de la modernité. Aussi faut-il s'entendre sur les concepts. La Contre-Révolution dont Rodolphe Badinand retrace intelligemment les origines, les métamorphoses et les impasses est inséparable de la Modernité dont il est ici montré les sources et que seule la perspective impériale européenne pourrait dépasser. Celle-ci est correctement distinguée de sa parodie bruxelloise et nous ne pouvons que partager les analyses de l'auteur sur la question.

Est-il souhaitable pour autant de revendiquer une future Révolution conservatrice que, de surcroît, l'auteur qualifie de réactionnaire ? Rodolphe Badinand rejette par ailleurs, de façon très explicite la domination du capital sur tous les secteurs de l'existence. Il aurait intérêt, à notre avis, à articuler sa critique aux rapports de classes (bien différentes de ce qu'il appelle avec raison, les castes) sans lesquels le capital n'existerait pas. Ce qu'il appelle « sa » conception du communautarisme est clairement définie et repose sur le respect des traditions de toutes les communautés : « il est à mes yeux légitime que les femmes musulmanes portent en Europe le foulard islamique et que les gamines africaines se fassent exciser. » (p.91). Au nom des traditions et des identités doit-on légitimer la cruauté ou tout simplement la supporter ?

Un ouvrage posant de nombreuses interrogations à tous ceux qui se font une idée de l'avenir de l'Europe et qui ne réduisent pas la Tradition à une répétition nostalgique du passé.

 

Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution

Alain de Benoist

Eléments (n°131 avril/juin 2009)

La pensée contre-révolutionnaire a eu le mérite de contester la modernité, mais elle l'a souvent fait dans la perspective intenable d'un retour au statu quo ante, et en manifestant une constante « horreur de la volonté ». En outre, elle n'a pas vu, bien souvent, que la Révolution française n'a jamais représenté que la « communion » de la modernité (Raymond Abellio), cette dernière venant en fait de beaucoup plus loin. À bien y regarder, toutefois, le panorama de la Contre-Révolution est plus nuancé qu'il n'y paraît au premier abord. Rodolphe Badinand note ainsi qu'à côté d'un courant absolutiste, la Contre-Révolution n'a jamais été très éloignée du conservatisme libéral, comme en témoigne l'exemple d'Edmund Burke. « Certaines professions de foi contre-révolutionnaire, écrit-il, non sans ironie, montrent de singulières concordances avec la pensée révolutionnaire libérale », notamment lorsqu'il s'agit d'identifier une « main invisible » qui peut aussi bien être la Providence que le marché. L'auteur, lui, se situe dans une tout autre perspective, plaidant notamment pour un communautarisme raisonné et une « contre-culture alternative globale ». Considérant, non sans raison, que « le système capitaliste mondial intégré est le grand responsable des maux actuels », il affirme que, « dans l'affrontement qui se dessine, l'idée impériale européenne est le concept original qui unit l'histoire à l'avenir [...} L'Empire est l'ultime chance de l'Europe avant la désagrégation finale ». Cela vaut au lecteur quelques belles pages sur l'esprit qui animait le Saint-Empire romain-germanique (« saint» désignant ici une dimension sacrée qui n'appartient nullement au monothéisme), esprit radicalement absent des « faux empires bonapartistes ». On aura compris, à ce stade, le double sens du mot « impérieux » employé pour qualifier cette série d'essais de belle tenue, dont les orientations ne surprendront pas vraiment le public d'Éléments.