Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution
P-L. Moudenc
Rivarol (N°2877 24/10/08)
Les familiers de la presse non-conformiste connaissent sans doute Rodolphe Badinand.
Il a collaboré, depuis les années 70, à de nombreux périodiques (dont Rivarol, en
1978) et se situe dans une mouvance européenne particulière dont il s'efforce de
définir les contours par comparaison avec des mouvements plus ou moins proches de
ses conceptions .
Entre traditionalisme, celui qui se réclame de René Guénon et de Julius Evola, et
adhésion à une modernité déliquescente et mortifère, il trace des voies alternatives
destinées à mobiliser les peuples européens. Politiquement proche, comme l'on voit,
de la Nouvelle Droite - ou d'une branche de celle-ci. À l'heure actuelle, il participe
au site européaniste < www.europemaxima.com>.
Son Requiem pour la Contre-Révolution écrit au milieu des années 199O était à l'origine
destiné aux membres du G.R.E.C.E. Aux errements de la Contre-Révolution dont il reconnaît
quelques mérites mais à laquelle il reproche plusieurs ambiguïtés, comme de s'être,
exclusivement rivée à un passé figé, fourvoyée dans la politique au pire sens du
terme, il oppose la Révolution conservatrice européenne porteuse de valeurs d'avenir.
Contre toutes les pollutions intellectuelles issues des siècles passés et qui ont
engendré la modernité - idéologie des droits de l'homme, nationalisme, libéralisme,
totalitarisme, multiculturalisme - il prône, non sans une vigueur roborative, la
volonté et le combat.
Les autres essais qui constituent ce recueil abordent, sous d'autres angles, les
mêmes thèmes. Il s'agit, au nom d'un futur qui ferait table rase des vieilles idoles
et d'une société devenue putride, de mobiliser les énergies autour de valeurs communes.
Elles prennent racine dans la tradition sans pour autant en être prisonnières. «
Notre résistance, écrit-il dans " En guerre !", se veut intégrale, elle touche tous
les domaines de la vie que la Modernité a contaminés. […] Pour le système et ses
sbires, nous incarnons le plus grand des périls parce que nous croyons en nos rêves.
»
Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution
Daniel Cologne
Le Coin Littéraire (novembre 2008)
Ainsi s’achève Requiem pour la Contre-Révolution, dont l’auteur Rodolphe Badinand
me fait l’honneur d’être le co-dédicataire. Il ne m’en voudra donc pas si j’inverse
l’adjectif indéfini et l’adjectif démonstratif. L’appel clôturant ce remarquable
recueil d’ ‘’essais impérieux’’ est en réalité rédigé comme suit :
‘’Pour le Système et ses sbires, nous incarnons le plus grand des périls parce que
nous croyons en nos rêves’’. Rodolphe Badinand cite alors Thomas Edgar Lawrence :
‘’Les rêveurs de jour sont des hommes dangereux, car ils peuvent jouer leur rêve
les yeux ouverts et le rendre possible’’. L’auteur conclut : ‘’Soyons ces rêveurs
éveillés…’’ (p.163).
Qui sommes nous donc et quel est ce ‘’Système’’ que Rodolphe Badinand nous invite
à faire trembler ? Disons d’abord ce que nous ne sommes pas. Nous ne sommes pas des
‘’anti-Lumières’’, comme nous désignent nos ennemis. Nous ne sommes pas les nostalgiques
d’un temps révolu, les passéistes assoupis dans la langueur des regrets éternels.
Nous coupons le cordon ombilical avec la Contre-Révolution, dont nous saluons néanmoins
le double mérite : son courage d’être entré en résistance contre des ‘’valeurs mortifères’’,
et notamment les ‘’idéologies égalitaires’’, mais aussi la ‘’valeur didactique’’
de ‘’son échec’’ (p.42).
Nous sommes les partisans d’une recomposition du monde fondée, non sur l’abstraction
droit-de-l’hommiste, mais sur le socle concret du ‘’droit des hommes (c’est moi qui
souligne) à s’enraciner dans leur terroir et leurs communautés d’appartenance multiples
et variées’’ (p.163).
Cette refondation planétaire postule une reconstruction de l’Europe selon un ‘’principe
fédérateur d’essence supérieure’’ (p.162), dont l’absence pertinemment épinglée par
un monarque polynésien fut le cause de la Première Guerre Mondiale. En citant Tupon
IV, roi des Tonga, Rodolphe Badinand témoigne de ce qu’est la véritable ouverture
à l’Autre, la capacité d’être authentiquement à l’écoute de la sagesse, d’où qu’elle
vienne : tout le contraire de la mensongère ‘’tolérance’’ du Système, où l’égalitarisme
de façade masque l’impitoyable volonté d’épuiser les hommes et les peuples dans une
course infernale le long de ‘’la ligne droite individu-Etat jacobin-Etat mondial-humanité’’
(p.163).
Un exemple de ‘’principe fédérateur’’ est l’idée impériale telle que la concrétise
l’institution pluriséculaire du Saint Empire romain germanique. ‘’Au Moyen Age, l’empire
sacré et sanctifié ne pouvait que promouvoir l’idéal chrétien. Il aurait été inconcevable
qu’il s’édifiât contre la majorité religieuse du moment’’ (p.119). A notre époque
de déchristianisation, il ne faut évidemment pas aspirer à reproduire la structure
médiévale, mais il convient de lui substituer un symbolisme cosmique où l’Empire
serait une image du Soleil central autour duquel tourneraient, à des vitesses différentes,
comme les planètes du système solaire astronomique, les nations (patries historiques)
et les régions (patries charnelles). Ainsi l’Europe pourrait-elle revendiquer le
titre de ‘’patrie idéale’’, répondre à l’exigence d’universalité inscrite au cœur
de toute pensée métapolitique.
Rodolphe Badinand distingue judicieusement l’impérialité et les impérialismes. ‘’Contrairement
au Saint Empire, les Premier et Second Empires français n’ont reposé que sur les
épaules d’une personnalité charismatique’’ (p.116). Son procès des bonapartistes
n’a d’égal que son rejet de l’hitlérisme, ‘’version teutonne du jacobinisme français’’
(p.121).
Dans la ligne d’Alain de Benoist, Rodophe Badinand considère aussi comme de ‘’faux
empires’’ les empires coloniaux anglais, français, hollandais, portugais ou espagnol.
Il tient ‘’le mal colonial’’ (p.127) pour une des étapes importantes de la ‘’décomposition
de la France’’ (p.125).
Erudit français, Rodophe Badinand consacre tout naturellement de nombreuses pages
à l’histoire de son pays. Recensant l’ouvrage d’un historien de l’Université de Jérusalem,
il rappelle ‘’les prétentions capétiennes à la Couronne du Saint Empire romain germanique’’
(p.95), qui aurait pu devenir, entre les règnes de François Ier et Louis XIV, un
‘’Saint Empire romain de la Nation Française’’ (p.96). C’est l’un des textes courts
du recueil, qui alternent avec des essais plus longs, de même que se succèdent, dans
un ensemble ipso facto de lecture agréable, de brefs comptes-rendus de livres, de
vigoureuses interventions conférencières et de profonds essais où la réflexion toujours
nuancée se déploie dans un style souvent chatoyant.
La coutume gastronomique encadre le plat de résistance de hors-d’œuvre et de desserts.
Ici, l’essai le plus consistant, qui donne d’ailleurs son titre au florilège, est
opportunément placé en tête. Une quarantaine de pages d’une rare densité intellectuelle
nous convie ainsi à réfléchir sur la Contre-Révolution ‘’impasse intellectuelle majeure’’
(p.13).
L’Eglise catholique fut la première à s’opposer à la révolution de 1789 et elle le
fit avec d’autant plus de force qu’un an à peine après la prise de la Bastille, fut
votée la Constitution civile du clergé (1790), la ‘’plus grave erreur’’ (p.19) de
la révolution suivant l’auteur.
Celui-ci examine, tout au long des deux siècles écoulés, la ‘’lente translation vers
la Modernité’’(p.24) qui affecte la catholicisme et dont Jacques Maritain (1882-1973)
offre un exemple symbolique.
Le royalisme également a succombé, au fil des décennies, à la contagion de l’esprit
moderniste. Ce dernier ‘’contamina les doctrines monarchiques avec la même vigueur
qu’il se développait au sein du catholicisme’’ (p.28). Des mouvements royalistes
de gauche naquirent ainsi dans toute l’Europe méridionale : le Parti populaire monarchique
portugais, le carlisme espagnol qui ‘’se transforma en un mouvement socialiste autogestionnaire’’
(p.30), et en France les ‘’’maurrassiens’’ de la Nouvelle Action Française de Bertrand
Renouvin.
‘’Avec ces trois exemples’’, écrit Rodolphe Badinand, ’’nous devons nous interroger
si la Contre-Révolution et la Révolution ne seraient pas l’avers et le revers d’une
même médaille appelée la Modernité’’ (Ibid).
Avant de revenir sur cette importante citation, où l’on voit émerger sous la plume
de l’auteur le questionnement fondamental, épinglons encore cette vision non conformiste
des régimes de Salazar, Franco et Pétain, où Rodolphe Badinand voit les germes de
l’élan économique-industriel d’après-guerre, via l’arrivée au pouvoir des technocrates.
Le phénomène lui semble particulièrement sensible dans la France de Vichy, après
‘’la nomination de l’amiral Darlan à la vice-présidence du Conseil des ministres’’
(p.31).
Y aurait-il eu donc un ‘’apport contre-révolutionnaire au libéralisme’’ (p.32) ?
Oui, répond sans hésitation l’auteur qui va jusqu’à établir un parallélisme entre
la ’’main invisible’’ du marché et les ’’voies insondables’’ de la Providence. Les
fondements chrétiens de la Contre-Révolution sont ici mis en cause et il en découle
que la dérive potentielle des contre-révolutionnaires était prévisible dès la fin
du XVIIIème siècle.
Rodolphe Badinand rappelle opportunément que ’’les trois futures sommités de la contre-révolution
intellectuelle étaient vus par leurs contemporains comme des libéraux : Edmund Burke
était un parlementaire whig, défenseur des droits du Parlement anglais et de la Révolution
américaine ; Joseph de Maistre était, à la cour de Savoie, jugé comme un franc-maçon
francophile et Louis de Bonald fut, en 1789-1790, le maire libéral de Millau’’ (p.41).
Quant à la Révolution conservatrice, que ses adversaires ont baptisée ’’Nouvelle
Droite’’, elle intègre certes un héritage contre-révolutionnaire, mais elle se réfère
aussi au socialisme proudhonien, aux non-conformistes des années trente si bien étudiés
par Pierre Loubet del Bayle, et au situationnisme de Guy Debord dénonçant ’’la société
du spectacle’’. Rodophe Badinand conclut son analyse de ce courant par cette hypothèse
de recherche que les historiens des idées politiques devraient creuser ; ’’Ce syncrétisme
semblerait marquer la fin historique de la Contre-Révolution en tant que mouvement
de pensée’’ (p.36).
Rodolphe Badinand s’interroge de manière inattendue : ‘’L’écologie : le dernier surgeon
contre-révolutionnaire ?’’ (p.38). L’auteur fait un rapprochement insoupçonné entre,
d’une part les écrits d’un Edouard Goldsmith ou d’un Bernard Charbonneau, et d’autre
part, le roman balzacien Le Médecin de Campagne, sorte d’Arcadie où «’’chacun mène
une existence équilibrée’’ et où ‘’la nature maîtrisée, mais non agressée par le
machinisme, donne des fruits à tous les villageois’’ (p.39). Au même titre que la
Nouvelle Droite et la Révolution Conservatrice, l’écologie dépasse ‘’les vieux clivages,
devenus obsolètes’’ (voir le slogan ‘’Ni Droite ni Gauche’ d’Antoine Waechter) et
ne se laisse pas enfermer dans le binôme Révolution - Contre Révolution. Sa vision
du monde dynamique rompt avec le passéisme ruraliste exaltant une société champêtre
‘’stable, immuable et édénique’’ (Ibid)
Partageant avec les écologistes certaines légitimes préoccupations environnementales,
Rodolphe Badinand avertit : ‘’Si le réchauffement planétaire se poursuit et s’accentue,
dans quelques centaines d’années, la banquise aura peut-être disparu, faisant de
l’océan polaire un domaine
maritime de première importance’’ (p.123). La maîtrise de l’Arctique s’impose à l’auteur
comme une des plus impérieuses nécessités pour le futur Empire européen. Cet enjeu
tant stratégique que symbolique est d’autant moins négligeable que les anciennes
mythologies indo-européennes, y compris celle de l’Hellade méditerranéenne et celle
de l’Inde védique, mentionnent le Septentrion comme l’origine, sinon de l’humanité,
du moins d’une de ses plus importants rameaux. L’Europe se devra donc d’être présente
sur tout le pourtour de l’Océan Arctique comportant aussi des rivages asiatiques
et nord-américains.
‘’Face à la marée montante des peuples du Sud, le regroupement intercontinental des
descendants de Boréens ne se justifie que par le désir de survivre au XXIème siècle.
Cela mérite au moins un débat que seul l’avenir tranchera’’ (p.73).
Rodolphe Badinand nous convie à effectuer deux démarches simultanées : retrouver
le chemin de notre ‘’plus longue mémoire’’ et imaginer notre futur lointain.
‘’Les contre-révolutionnaires souhaitaient conserver intact le passé. Leur démarche
les obligea souvent à faire de l’avenir table rase. Entre la négation du passé, propagée
par la Modernité, et le refus du futur, pratiqué par la Contre-Révolution, existe
une troisième voie : l’archéo-futurisme’’ (p.44). L’auteur se réfère à Guillaume
Faye, qui a longtemps partagé avec Alain de Benoist, quoique dans un autre registre,
le magistère intellectuel de notre famille de pensée. Né vers 1972, issu de la génération
suivante, Rodolphe Badinand peut prétendre à la succession de ces deux maîtres à
penser, selon l’expression consacrée et en l’occurrence toute relative si l’on pense
à ces figures hors normes que sont René Guénon (1886-1951) et Julius Evola (1898-1974).
A propos de ces deux immenses éveilleurs, il est temps de se demander dans quelle
mesure ils ont été piégés par le binôme Révolution-Contre Révolution. C’est à force
de critiquer le progressisme moderne rectilinéaire que l’on dérive peu à peu, au
départ d’une conception cyclique de l’histoire, vers un décadentisme ‘’traditionnel’’
tout aussi rectilinéaire.
Progressisme et décadentisme apparaissent alors comme les deux faces de la même médaille,
de même que s’impose la nécessité, pour la Nouvelle Droite et la Révolution Conservatrice,
de faire venir leurs adversaires sur leur terrain (c’est Rodolphe Badinand qui souligne).
‘’Qu’elles cessent donc de débattre des idées adverses pour imposer la discussion
sur leurs idées’’ (p.43). Qu’elles arrêtent de disserter sur les inconvénients du
progressisme et sur l’absurdité d’un ‘’sens de l’Histoire’’, et qu’elles valorisent
les avantages et la solidité de leur conception cyclique du devenir humain, qui est
une respiration à plusieurs vitesses, et qui ne peut en aucun cas dégénérer en un
décadentisme vertigineux.
Osons nous dresser avec Rodolphe Badinand contre l’exorbitante prétention de la démocratie
moderne à être le point oméga de l’aventure humaine. Adoptée le 26 août 1789, la
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen comporte en son Article XI une restriction
à la liberté d’expression que l’auteur reprend in extenso : ‘’sauf à répondre de
l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ‘’ (p.18).Rodolphe Badinand
commente : il s’agit d’ ‘’une phrase si vague qu’elle permet toutes les interprétations
possibles et justifie toutes les polices de la pensée. Or le totalitarisme commence
quand on empêche certaines opinions de s’exprimer sur la place publique…(Ibid.).
La Modernité est donc bien la ‘’matrice des totalitarismes » ». Sous le couvert de
la démocratie et du ‘’droit-de-l’hommisme’’ sévit un terrorisme intellectuel s’appuyant
sur des lois liberticides et rétablissant le délit d’opinion, dont sont passibles
tous ceux qui contestent les fondements du Système. Un de ces fondements concerne
les origines de l’espèce humaine. C’est la thèse africano-centriste selon laquelle
l’Afrique serait l’unique berceau de l’humanité, le seul foyer primordial à partir
duquel le primate se serait transformé en homo sapiens.
En optant pour une vision ‘’boréocentrique’’ de l’histoire, Rodolphe Badinand ne
craint pas de s’exposer à la vindicte de la ‘’bien-pensance’’ qui pourrait lui faire
grief ‘’d’une supercherie scientifique à relent raciste’’ (p.69).
Pourtant, ses ‘’Notes dissidentes sur la nation de tradition Primordiale’’, autre
chapitre très fouillé et hyper-documenté, révèle une approche pluraliste du problème.
Logique et conséquent, Rodolphe Badinand se refuse à trancher la question de l’antériorité
en faveur de l’un ou l’autre ‘’ensemble ethnique’’. ‘’N’y aurait-il pas finalement
une succession aléatoire de Traditions primordiales pour chaque entité ethnique matricielle
? Et si c’était le cas, qui bénéficierait de l’antériorité ? On le voit : ce type
de questionnement débouche sur une absence de réponse d’ordre humain. Cependant,
s’interroger sans cesse est le meilleur moyen de maintenir son esprit libre et éveillé.
L’interrogation permanente produit des antidotes aux toxines du conformisme médiatique’’
(p.71).
Nous voici aux antipodes du dogmatisme des traditionalistes qui, même lorsqu’ils
se définissent comme ‘’intégraux’’ et se réclament d’Evola ou de Guénon, demeurent
fréquemment incapables d’auto-critique, inaptes à soulever eux-mêmes des objections
à leur discours, fascinés par ‘’le pessimisme foncier de la doctrine des âges, souvent
porteur de désespoir ou d’inaction totale’’ (p.59).
Rodolphe Badinand est un authentique ‘’penseur libre’’ aussi éloigné de la fallacieuse
‘’libre-pensée’’ que de son primaire retournement traditionaliste, aussi étranger
à la linéarité évolutive qu’à la descente sans frein de l’âge d’or à l’âge de fer.
La ‘’spiritualité primordiale’’ ne serait-elle pas plutôt d’inspiration astrologique,
c’est-à-dire fondée sur l’alternance de courbes ascendantes et descendantes, tributaires
des angles tantôt harmonieux tantôt dissonants formés entre eux par les astres ?
Diverses formes d’astrologie caractérisent en tout cas les aires culturelles où Rodolphe
Badinand discerne, en s’appuyant sur de récentes recherches anthropologiques, paléontologiques
et archéologiques, l’empreinte des Boréens, ancêtres des Indo-Européens, grand peuple
migrateur de la plus haute préhistoire ‘’ne rechignant jamais les rencontres avec
les tribus indigènes’’ (p.68).
Celles-ci possèdent peut-être leur propre foyer d’irradiation culturelle, leur ‘’tradition
primordiale’’ indissociable de leur ‘’’spécificités ethno-spirituelles » » (p.71).
Dans la Grèce antique, parallèlement à l’exaltation mythologique du ‘’séjour des
dieux’’ localisé au Nord et gardé à l’Occident par les Hespérides, à l’entrée du
fameux jardin aux ‘’pommes d’or’’ que cueillit Héraklès et qui subjuguèrent la farouche
Atalante, le scrupuleux Hérodote évoquait la possibilité de l’existence d’Hypernotiens,
équivalents de nos Hyperboréens, matrice des peuple du Sud avec lesquelles nous sommes
appelés à fonder une ‘’fraternité qualitative’’ (p.60).
En effet, ‘’la tradition risque d’avoir sa signification détournée et de devenir
à son corps défendant un auxiliaire du fraternitarisme mondial’’ (c’est Rodolphe
Badinand qui souligne) assimilable à ‘’un oecuménisme pervers ‘’ (Ibid). Sous le
couvert de celui-ci peut de développer une forme spirituelle d’impérialisme et de
domination mondiale à laquelle les Boréens étaient totalement réfractaires lorsqu’ils
quittèrent leurs terres arctiques d’origine pour essaimer sur d’autres continents
et fonder peut-être les cultures méso-américaines, l’Egypte pharaonique, la Chine
du Céleste Empire.
Les historiens de notre famille de pensée saluent en Dominique Venner un guide incontournable
dont Rodolphe Badinand se solidarise dans la critique de ‘’la conception guénonienne
d’une seule tradition hermétique et universelle, qui serait commune à tous les peuples
et à tous les temps, ayant pour origine une révélation provenant d’un ‘’ultramonde’’
non identifié’’ (p.60). A la suite du directeur de la Nouvelle Revue d’Histoire,
l’auteur subodore dans le ‘’traditionalisme intégral’’ un ‘’syncrétisme équivoque’’
et une critique de la modernité ne débouchant ‘’que sur un constat d’impuissance’’
(Ibid.), ‘’l’attente millénariste de la catastrophe’’ (p.61).
Par delà les fausses alternatives Tradition-Modernité et Révolution-Contre-Révolution,
la brillante anthologie de Rodophe Badinand, compilant des textes écrits ces dix
dernières années dans L’Atre, Cartouches, Roquefavour, Eléments et L’Esprit européen,
suggère de remonter aux sources vives de cet ‘’esprit européen’’ et de réfléchir
à son adaptation au monde de demain et d’après-demain. ‘’Il y a du travail pour cent
ans’’, écrivit un jour Robert Steuckers. Rodolphe Badinand est un des pionniers de
ce siècle de renouveau de l’intelligence européenne, de cette ère de rayonnement
retrouvé et de renaissance métapolitique, de cette nouvelle étape de l’aventure humaine
où les Européens et fiers de l’être sauront être à l’écoute des sagesses fleuries
sous d’autres latitudes, pour construire enfin une Terre harmonieuse et pacifiée.
Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution
André Murcie
Mots Chroniques (N°6 /08/01/09) « Crépuscules européens »
A contre-courant de la vulgate démocratico-libérale, ce Requiem pour la Contre-Révolution
et autres essais impérieux a tout pour déplaire au plus grand nombre. Nous ne parlons
pas ici du pléthorique troupeau de la bien-pensance mais de ceux qui combattent dans
les marges en ordre dispersé, n'y voyant pas souvent plus loin que le bout de leur
nez, perdus dans d'épais brouillards idéologiques, dans la totale incapacité de saisir
le sens originel et ultime de leur combat. L'instinct de survie et l'urgence de la
lutte empêchent par trop souvent de consacrer à la réflexion théorique le temps nécessaire
qu'elle exigerait.
Son curriculum litterae parle pour lui. Cartouche, Rivarol, Eléments, L'Esprit Européen,
europemaxima.com, l'énumération suffit à dépeindre Rodolphe Badinand pour ce qu'il
est, un de ces guerriers européens, toujours aux aguets, des premiers à se porter
de taille et d'estoc sur l'aile droite de la brèche. Du genre à ne pas s'asseoir
sur son oriflamme. Par ces temps-ci il est tant de gens qui s'avancent masqués, de
patenôtres, de bonnes intentions, ou de billets verts, que cela fait plaisir.
Il est sûr que n'importe quel imbécile se chargera de ses ennemis, les esprits plus
malins préféreront s'occuper de leurs amis, mais plus rares ceux qui retournent la
hache de leur réflexion contre eux-mêmes. Rodolphe Badinand s'il ne fait pas de cadeaux
à son entourage, n'est guère plus tendre envers lui-même. Plus qu'une pensée ces
onze textes, sont un chemin de pensée. Avec ses retours, ses hésitations, ses piétinements
et ses avancées salutaires et fulgurantes. Onze contributions comme autant de carnets
de campagne aux quatre coins d'une plus grande Europe étagées sur une quinzaine d'années.
Qui dit mieux ?
Requiem pour la Contre-Révolution est plus que corrosif. L'auteur n'épargne pas son
camp. Il tire à vue sur tout ce qui bouge et même sur ce qui ne bouge pas. La Contre-Révolution
ne date pas d'hier. Elle naquit en ces années troubles qui virent basculer la royauté.
Dès les premiers jours elle regroupa, les fidèles, les partisans et les nostalgiques.
Le grand ordre royal était tombé. La guerre était perdue mais longtemps l'on crut
que ce n'était qu'une bataille mal engagée. L'on essaya d'allumer les contre-feux,
à tous les niveaux. C'était une cause perdue.
Le couperet de l'Histoire ne s'est pas abattu sur la contre-révolution aussi vite
que le couteau de la guillotine sur la nuque de Louis XVI. Les contre-révolutionnaires
n'ont cédé le terrain qu'à contre-coeur. Qu'à contre sacré-coeur serait-on tenté
de dire puisque l'autel resta fidèle à la royauté. Mais à la fin du dix-neuvième
siècle les carottes étaient cuites à la sauce républicaine.
Changement des mentalités et des comportements. La souris révolutionnaire avait accouché
de la montagne d'une nouvelle donne idéologique. Au début du siècle dernier, pour
les élites comme pour les masses, le royalisme était devenu une idée dépassée. L'on
n'arrête pas un fleuve qui coule selon la pente de ses intérêts financiers. Beaucoup
de contre-révolutionnaires se transformèrent en fieffés conservateurs. Les gros bataillons
de l'ancienne mouvance favorable aux idées de l'ancien régime formèrent les régiments
de ce qu'il faut bien se résoudre à appeler le nouvel ordre bourgeois. Tout était
perdu : l'honneur et les privilèges, mais ni la propriété privée, ni le sens de l'argent.
L'Eglise et le Trône ayant failli, leurs défenseurs se regroupèrent dans une ultime
citadelle qu'ils édifièrent avec les ruines et les pierres de leurs deux anciennes
place-fortes. Au christianisme ils substituèrent l'idée de la Tradition, quant à
la personne sacrée du rejeton royal manifestement absent ils la remplacèrent par
la fumeuse notion du principe d'Autorité censé contrebalancer le fallacieux concept
de majorité démocratique.
L'on peut en rire, mais de batailles de retardement en barouds d'honneur cette droite
contre-révolutionnaire, parvint à sauver les meubles et tant bien que mal à traverser
les siècles. Fragmentée, divisée en petites chapelles plus ou moins intégristes,
discrète mais active, agissant comme une centrale idéologique sur tous les fronts,
le National comme celui de la Révolution Nationale, avec les intellectuels de l'Action
Française comme avec les ligues francinantes, bref infiltrée dans tous les milieux
de cette droite extrême et malgré toute chrétienne, si typiquement française.
Des gens que vous pouvez trouver peu sympathiques mais dont Rodolphe Badinand a du
mal à faire son deuil, même s'il leur prépare un enterrement de première classe.
Après les avoir assassinés. Car là où d'autres parleraient de fidélité émouvante
à un vieil ordre politique surané, Rodolphe Badinand stigmatise les raidissements
rétrogrades, les retraits successifs, les compromissions honteuses, les redditions
démagogiques, j'en passe des pires et des meilleures. Les Contre-Révolutionnaires
n'ont pu échapper à l'air du temps. Derrière les rodomontades publiques il pointe
les contradictions cachées et dévoile les acquiescement tacites. Contre la Gueuse
certes, mais tout contre la République.
Ce n'est pas un hasard si cette longue fulmination contre la Contre-Révolution se
présente comme un écrit de G.R.E.C.E. En fait Rodolphe Badinand reproche aux tenants
de la Contre-Révolution, non pas tant leurs erreurs tactiques que leurs analyses
à courte-vue. La Modernité n'a pas commencé au matin du 14 juillet 1789. Elle vient
de beaucoup plus loin. En grande partie de la méconnaissance de l'Histoire de la
plus grande Europe.
Ce n'est pas une stricte question d'étendue géographique. L'Europe possède d'autres
limites. Mythiques et historiales. Rodolphe Badinand pose les origines de l'Europe
comme celle des peuples boréens. Venus du nord comme leur nom l'indique, porteurs
d'une civilisation tripartite qui ensemença les structures mentales et sociétales
des peuples autochtones. L'auteur n'élude pas les concomitances avec la théorie des
Aryens venus de l'Est.
Par contre aucune allusion aux hyperboréens de la mythologie grecque ! Pas si difficile
à comprendre que cela lorsque l'on pénètre plus avant dans le livre. Car les essais
impérieux qui suivent, s'ils font bien appel en quelques rapides lignes à l'unification
de l'Europe sous les instances de l'Imperium Romanum, font un véritable saut historique
des plus troublants. Des peuplades Boréennes l'on saute à pieds joints par-dessus
plus de quinze siècles pour une rapide évocation de l'Empire Carolingien, important,
non par ce qu'il fut lui-même, mais en tant que préfiguration du Saint Empire Romain
Germanique.
Plus près de toi Seigneur, chantèrent les passagers du Titanic avant de couler. L'Europe
Boréenne de Rodolphe Badinand court d'après nous les mêmes dangers. L'idée de l'Empire
qu'il défend est des plus abstraites. Son Requiem pour la Contre-Révolution n'est
qu'une messe de plus pour la regroupement des anciens Royaume chrétiens de l'Europe
autour de son pôle nordiste. Son Empire n'est qu'une fédération d'états infra-chrétiens
plus ou moins indépendants qui s'enfermeraient dans une ligne de rupture et de défense
tous azimuts. Nord contre Sud. Très symboliquement, l'Empire de Napoléon, et la campagne
d'Egypte, si méditerranéenne, sont jetés en un tour de main dans les poubelles de
l'Histoire Métapolitique.
Le lecteur l'aura compris. Nous ne partageons pas les mêmes visions européennes que
Rodolphe Badinand. Mais cela ne saurait en rien entacher l'intérêt que nous portons
à ce livre. Outre le fait anecdotique que nous ne provenons pas de la même tradition,
Rodolphe Badinand se montre le partisan d'une Europe que nous surnommons de la dernière
heure. Tout l'héritage antique est gommé au profit d'un christianisme peut-être laïcisé
mais dont il oublie - ce n'est décidément pas l'oubli de l'être mais l'oubli de l'Imperium
originel — l'ardente nocivité
La nouvelle Europe dont rêve Rodolphe Badinand est entée sur l'histoiricité d'une
certaine idée de la reconstitution de l'antique Imperium Romanum telle qu'elle fut
prise en compte par ce que l'on pourrait appeler, afin de forger un mythogramme symbolique,
les Royaumes du Nord. Europe tour à tour germanique, austro-hongroise et allemande,
en quelque sorte sur-danubienne et non méditerranéenne, orientée sur son aire de
dégagement vers le continent eurasiatique.
La France n'est alors entrevue qu'en tant que débordement de zone franche occidentale.
Les émigrés qui pressentirent le phénomène bien plus finement qu'ils n'auraient jamais
pu le théoriser consciemment. A décharge de Rodolphe Badinand nous nous devons de
reconnaître que le comportement impéritique des élites françaises, espagnoles, italiennes
et poussons jusqu'à la Grèce, ne laisse augurer en aucune manière l'espoir d'un proximal
ressaisissement impérieux.
Le malheur réside en ce que de notre part la mentalité libérale pro-américaine et
pro-anglo-saxonne nous semble beaucoup plus ancrée dans la zone nord de l'Europe
que dans les anciens espaces occidentaux sud-européens. Avec surtout cet handicap
insurmontable chez nos voisins nordistes : un rejet quasi-viscéral des aspects révolutionnaires
véhiculés, qu'on le veuille ou non par l'idéologie césarienne de l'antique imperium.
C'est d'ailleurs parce que cette vision révolutionnaire de l'Empire a été occultée
que le christianisme a pu se développer et puis être carrément adopté comme religion
officielle par les bureaucraties impériales. Née du refus de la révolution, l'idéologie
contre-révolutionnaire, de laquelle Rodolphe Badinand se veut l'héritier, s'inscrit
dans la suite logique de ses semences originelles.
Requiem pour la Contre-Révolution et autres essais impérieux ne manque pas de cohérence.
Le titre a dû claquer en son camp comme un coup de fusil. Rodolphe Badinand y remue
un peu fort le cocotier mais l'on ne réveille pas les cadavres, endormis dans le
confort petit-bourgeois des appétits primaires satisfaits, avec de l'eau bénite.
C'est d'ailleurs pour cela que toute une frange de la gauche réformiste devrait aussi
s'atteler à la lecture de cet essai, façon de se déciller les yeux.
Le gros défaut du livre réside en ce qu'il ne traite que le versant théorique de
sa thématique. Il est une critique idéelle et hyperstructurelle très bien troussée,
mais il se cantonne un peu trop à explorer les moindres recoins idéologiques de sa
pensée. Nous attendons un deuxième tome, plus axé sur la praxis politique. Une espèce
de Que faire contre-révolutionnaire ?
Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution
Résistance (N°52 novembre 2008)
Collaborateur de divers site proches de la Nouvelle droite, Rodolphe Badinand nous
propose, chez Alexipharmaque, Requiem pour la Contre-Révolution. Le livre s’inscrit
dans une orientation ouvertement traditionnelle radicale et est sans concession pour
les pollutions intellectuelles héritées des XVIIIe, XIXe et XXe siècles, ce qui nous
donne des textes particulièrement lumineux comme « Défense du Saint Empire » et « Le
retour du roi ».
Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution
Réfléchir & Agir (N°31 hiver 2009)
Malgré des doctrinaires remarquables, la Contre-révolution constitue une impasse
politique totale. En effet, par son anachronisme permanent, sa volonté réactionnaire
d'aller combattre l'adversaire sur son propre terrain, elle a entraîné notre mouvance
dans tous les échecs et n'a fait finalement que faire perdurer le Système contre
lequel elle prétendait lutter et a fini par démobiliser un grand nombre de coeurs
vaillants qui ont accepté de renoncer à eux mêmes. Rodolphe Badinand, nourri au lait
du GRECE, propose lui, à travers quelques textes très roboratifs, parfois déroutants,
une autre grille d'analyse, plus à même de nous redonner le goût du combat, en s'inscrivant
dans une orientation traditionnelle, radicale et sans concession pour les pollutions
intellectuelles héritées des siècles passés : libéralisme, idéologie des droits de
l'Homme, antiracisme... Dans le fatras des essais politiques actuelles, tous aussi
prétentieux que soporifiques, ce livre est un véritable bol d'air, une saine incitation
à relever la tête pour cheminer à travers les ruines du monde moderne et poser les
premières pierres de l'Europe de demain.
Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution
A l’écoute des livres
(12/02/ 2009)
Si les éditions Alexipharmaque publient peu d'ouvrages, ceux-ci sont toujours source
de réflexion et même de débats denses et riches. REQUIEM POUR LA CONTRE-REVOLUTION
et autres essais impérieux ne déroge pas à cette règle. Des idées reçues sont mises
à mal sur la conception de contre-révolution. Ainsi, la contre-révolution est-elle
forcément de droite ? Non si l'on considère que les opposants à Gorbatchev et sa
perestroïka, communistes traditionnalistes, étaient contre-révolutionnaires. La révolution
nationale du Maréchal Pétain ne fut pas non plus une contre-révolution.
De nos jours, De Villiers ni Le Pen ne sont, selon l'auteur des contre-révolutionnaires
mais des jacobins ou des bonapartistes. Les écologistes seraient-ils les derniers
contre-révolutionnaires ?
Les autres essais impérieux constituant ce volume développent des idées que l'on
ne peut pas forcément, loin de là, partager mais soulevant des sujets de civilisation
essentiels. Parmi les thèmes exposés : le communautarisme, l'idée européeenne ou
la francophonie.
La Nouvelle Droite étant au centre de nombre de ces textes, voici une observation
personnelle : si Alain de Benoist et ses amis crèèrent la nouvelle droite culturelle,
la nouvelle droite politique eut pour initiateur Michel Georges Micberth qui fonda
la NDF (Nouvelle Droite Française) en 1973.
Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution
Rébellion (n°35 mars/avril 2009)
L'auteur, ancré dans la Tradition, s'inscrit dans une optique de critique sans concessions
de la modernité. Aussi faut-il s'entendre sur les concepts. La Contre-Révolution
dont Rodolphe Badinand retrace intelligemment les origines, les métamorphoses et
les impasses est inséparable de la Modernité dont il est ici montré les sources et
que seule la perspective impériale européenne pourrait dépasser. Celle-ci est correctement
distinguée de sa parodie bruxelloise et nous ne pouvons que partager les analyses
de l'auteur sur la question.
Est-il souhaitable pour autant de revendiquer une future Révolution conservatrice
que, de surcroît, l'auteur qualifie de réactionnaire ? Rodolphe Badinand rejette
par ailleurs, de façon très explicite la domination du capital sur tous les secteurs
de l'existence. Il aurait intérêt, à notre avis, à articuler sa critique aux rapports
de classes (bien différentes de ce qu'il appelle avec raison, les castes) sans lesquels
le capital n'existerait pas. Ce qu'il appelle « sa » conception du communautarisme
est clairement définie et repose sur le respect des traditions de toutes les communautés
: « il est à mes yeux légitime que les femmes musulmanes portent en Europe le foulard
islamique et que les gamines africaines se fassent exciser. » (p.91). Au nom des
traditions et des identités doit-on légitimer la cruauté ou tout simplement la supporter
?
Un ouvrage posant de nombreuses interrogations à tous ceux qui se font une idée de
l'avenir de l'Europe et qui ne réduisent pas la Tradition à une répétition nostalgique
du passé.
Rodolphe Badinand Requiem pour la Contre-Révolution
Alain de Benoist
Eléments (n°131 avril/juin 2009)
La pensée contre-révolutionnaire a eu le mérite de contester la modernité, mais elle
l'a souvent fait dans la perspective intenable d'un retour au statu quo ante, et
en manifestant une constante « horreur de la volonté ». En outre, elle n'a pas vu,
bien souvent, que la Révolution française n'a jamais représenté que la « communion
» de la modernité (Raymond Abellio), cette dernière venant en fait de beaucoup plus
loin. À bien y regarder, toutefois, le panorama de la Contre-Révolution est plus
nuancé qu'il n'y paraît au premier abord. Rodolphe Badinand note ainsi qu'à côté
d'un courant absolutiste, la Contre-Révolution n'a jamais été très éloignée du conservatisme
libéral, comme en témoigne l'exemple d'Edmund Burke. « Certaines professions de foi
contre-révolutionnaire, écrit-il, non sans ironie, montrent de singulières concordances
avec la pensée révolutionnaire libérale », notamment lorsqu'il s'agit d'identifier
une « main invisible » qui peut aussi bien être la Providence que le marché. L'auteur,
lui, se situe dans une tout autre perspective, plaidant notamment pour un communautarisme
raisonné et une « contre-culture alternative globale ». Considérant, non sans raison,
que « le système capitaliste mondial intégré est le grand responsable des maux actuels
», il affirme que, « dans l'affrontement qui se dessine, l'idée impériale européenne
est le concept original qui unit l'histoire à l'avenir [...} L'Empire est l'ultime
chance de l'Europe avant la désagrégation finale ». Cela vaut au lecteur quelques
belles pages sur l'esprit qui animait le Saint-Empire romain-germanique (« saint»
désignant ici une dimension sacrée qui n'appartient nullement au monothéisme), esprit
radicalement absent des « faux empires bonapartistes ». On aura compris, à ce stade,
le double sens du mot « impérieux » employé pour qualifier cette série d'essais de
belle tenue, dont les orientations ne surprendront pas vraiment le public d'Éléments.