Jacques Astruc Venin de rose
Valéry Ducatillon
Parutions.com (mai 2008) « Floralies décadentes »
Que l’on songe à certaines proses proustiennes, que l’on imagine après Valéry Larbaud
de ces ouvrages limpides, sourdement mélancoliques, avec Jean Lorrain de ces recueils
cosmétiques, et l’on aura enfin une première idée de la façon de Jacques Astruc.
Ses contes plutôt féminins – vénéneux -
Que ce doux
recueil de floriculture littéraire, cet hommage manifeste au remarquable film
C’est une ode végétale, couleur de sang, aux
luxures les plus raffinées, roses mauvaises, fashionable, roses de Chine ou de Perse
que l’on peut effeuiller les yeux mi-
Venin de roses, teinté de réminiscences incurables, de mémoires d’enfance, est un délice d’écriture : « Drapée dans un déshabillé de soie rose, elle passa sur le balcon du manoir. Elle contempla un long moment le parc, pris dans les écharpes brumeuses de l’aube. Le printemps arrivait. La rosée luisait sur les massifs de roses des parterres. La comtesse soupira.»
Ces contes ciselés, tantôt nostalgiques ou charnels, que l’on enlace dévotement,
invitent aussi à de troubles voyages : que ce soit à la cour de l’empereur de Chine,
auprès de Shéhérazade, de Dom Rosa de la Rosa comme de grand-
Faisons-
Jacques Astruc Venin de rose
La Montagne (août 2008) « Beauté et sortilège »
La rosé, beauté suprême, aux parfums délicate, mystérieuse, « ardente et pourtant claire », la rosé de vie et de mort, envoûtante, sublime, vénéneuse, la rosé en toutes ses composantes trament chaque conte du dernier livre de Jacques Astruc, Venin de Rosé.
Les contes enchantent. Ils évoquent un monde de fleurs rares, de l'intime des sens. Ils emmènent dans un voyage mélancolique, onirique et poétique à travers le monde, des mascarades italiennes à l'exaltation des Mille et une nuits, du mystère d'une cour de Chine à la douceur de la province en France. Et l'écriture, mélodieuse partition limpide, se gorge de substance à chaque mot. «...Les roses écarlates dont les senteurs inondaient sa vie, les corolles veloutées qu'elle caressait même de son lit à baldaquin de soie rosé ; sans ses rosés, elle ne respirait plus, elle étouffait, elle mourait. »
L'Ode aux roses se teinte de réminiscences d'enfance, de littérature, d'Histoire,
se réfère à Rose de Rainer Maria Rilke, au film Jardin secret de Holland. De l'amour
fou des roses, d'une rose, peut naître les drames, le drame. Conçoit-
« La rose s'échappa de mes doigts, se disloquant en une pluie de pétales «
Jacques Astruc Venin de rose
André Murcie
Mots chroniques (N°1 20/09 /08) « Les proses roses de Jacques Astruc »
Toujours la même maquette de couverture, une des plus élégantes de l'édition actuelle, mais le rosé, subsidiaire que le titre imposait, se marie délicieusement avec le noir, tutélaire habituel. Un bel habillage pour un des rares livres de création contemporaine qui vous réconcilie avec la littérature.
Vous lirez la préface à la fin. Elle risque de vous induire en de mauvaises directions.
Sarah Vadja en dit trop peu, ou pas assez, malgré cette courageuse et amicale revendication
d'appartenance à cette réciprocité littéraire, si mal vue de nos jours. Nous ne sommes
pas sûr non plus que cette filiation à Roland Barthes, en tant que grand pervertisseur
des genres narratifs, s'imposait. Nombreux sont les ruisseaux où Jacques Astruc a
pu puiser son inspiration, mais nous doutons que ceux-
Mais venons-
Le livre se présente comme une corbeille de quinze contes. C'est ainsi qu'il est
crédité dès la couverture. Ce qui ne sera pas sans vous poser de problème, puisque
le premier texte se donne à lire comme une typique nouvelle du dix-
Attention, semblable n'a jamais signifié identique. Jacques Astruc ne copie pas,
il renoue non pas avec une forme, ce qui reviendrait à aligner des coquilles d'escargots
vides sur une étagère, mais avec l'ontologie esthétique d'une époque oubliée. L'auteur
se livre à une reconstruction quasi-
Je ne vous dirai pas un mot de l'anecdote si bellement contée dans cette première nouvelle. Pour ne pas déflorer le sujet. Mais cela n'a pas d'importance, c'est une fois que l'histoire est achevée que le livre devient volume. Comme une fugue dont il vient d'interpréter la partition, et que le violoniste, saisi d'une inspiration diverse, s'applique et puis s'amuse à rejouer les yeux fermés. Le dernier, premier morceau du recueil, est tout de suite répliqué de tête par Jacques Astruc, la même histoire mais avec improvisations et variantes, à l'infini.
L'on ne s'éloigne jamais d'un seul trait d'une tombe. On y revient sans cesse. Ne
serait-
Et pourtant des rosés, tout au long de cet infernal bouquin vous en aurez serré sur
votre poitrine, à pleines brassées, de tous pays, de tous continents, à ne plus y
croire, que cela en devient comme des contes à dormir debout avec des princesses
ensommeillées et des princes charmants -
Cette déréliction de rosé n'est pourtant pas close. Jacques Astruc n'a pas oublié,
la plus belle et la pire de toute. La rosé de vos lèvres, chère lectrice, qui s'ouvrira
plus d'une fois pour laisser échapper un rire de toute fraîcheur. Car il n'est pas
d'histoire si cruelle, si terrible, si pathétique qui ne se puisse passer de la facétieuse
complicité de son conteur. Le maître des rosés n'est pas dupe de la beauté des rosés,
ni des poisons de la littérature. La rosé que l'on lance sur le cercueil de la bien-
Merci à Jacques Astruc d'avoir tressé, côté pique et côté coeur, cette superbe couronne de rosés. Qui ne sont pas prêtes de se faner. Du moins tant qu'il restera des amateurs de belles plumes. Et de proses rosés.